Incineris – Une autre manière d’honorer la mémoire d’un animal défunt

Est-ce la proximité de la Toussaint et du Jour des Morts ? J’ai eu envie de voir à quoi ressemblait un lieu où l’on s’occupe  de la dépouille de l’animal que l’on vient de perdre. J’étais intriguée tant il est vrai qu’il y a peu de temps que se développe ce genre de lieu en dehors des grandes villes.

Le centre auquel je me rends se trouve au Pescher, un village corrézien assez proche de Collonges la Rouge et de Beaulieu sur Dordogne. Un petit village rural paisible, peu animé au moment où je le traverse. Les abords du centre sont nets avec un talus à la végétation impeccablement taillée. De l’ensemble, je ne verrai que la partie consacrée à l’accueil du public, la partie ”industrielle” ne se visitant pas.

 

Centre Incineris du Pescher

 

Je suis accueillie par M. Deffontaines, le directeur du crématorium. La partie ouverte au public comprend un salon avec canapé et table basse, ainsi qu’un écran qui permet, je l’apprendrai plus tard, d’assister au moment où le cercueil entre dans le four. Une grande étagère présente différents objets, des urnes, des cadres-photo. Une porte mène à une petite salle où peuvent être présentés les corps. Cela ressemble furieusement, en plus petit dans les dimensions, à un funérarium pour les êtres humains. L’atmosphère y est la même, propice au recueillement et suffisamment neutre pour ne pas distraire les pensées.

 

Incineris, une société présente partout en France

 

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Créée il y a 23 ans par des vétérinaires, dans le nord de la France,  cette société gère 14 crématoriums répartis sur tout le territoire ainsi que 3 centres “Horsia”, consacrés aux chevaux. Elle propose aux particuliers trois formes de services. La crémation plurielle, où le corps de votre animal est incinéré collectivement avec d’autres animaux dont les dépouilles ont été collectées chez les vétérinaires. La crémation référence où votre animal est incinéré individuellement, dont les cendres vous sont restituées dans une urne de dispersion. La crémation privée, avec “un accompagnement personnalisé tout au long du service”, une préparation du corps selon les techniques de thanatopraxie, avant sa présentation dans le salon du recueillement, un salon d’attente privé pendant la crémation ; les cendres sont restituées individuellement.

Le centre du Pescher emploie cinq personnes actuellement.

 

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Un lieu pour dire adieu.

 

M. Deffontaines, en boutade, explique que le principal concurrent d’Incineris, c’est l’enterrement au fond du jardin !

Il est vrai que pendant longtemps, nous n’avons pas eu le choix. Pour qui a vécu l’enlèvement du corps d’un cheval par un équarrisseur, même si l’on est persuadé qu’il ne s’agit plus que d’une chair morte, il y a quelque chose d’insupportable dans la façon dont est traité la dépouille d’un être qui était si peu de temps auparavant chaud et vivant, aimé et aimant.

Alors assurément, l’enterrement affectueux et respectueux du cochon d’Inde dans une boîte à chaussures au fond du jardin, même s’il n’est pas accompli dans toutes les règles sanitaires, est un geste très humain. Toute la famille peut gravement et chaleureusement dire au revoir à celui qui partageait sa vie. Tous les chiens ne sont pas enterrés comme des chiens : des paroles émues, bouleversées, sont prononcées, des plantes installées  sur leur tombe.

Mais que faire quand l’animal est de grande taille et le jardin bien petit ?

Les cimetières animaliers ou les crématoriums comme celui du Pescher répondent à une attente. Mais si les premiers sont restés circonscrits à quelques grandes zones urbaines, les seconds se sont répartis sur tout le territoire.

La crémation animalière s’est développée dans le même mouvement que la crémation humaine et a accompagné le changement profond de la place de l’animal dans nos familles. Pour beaucoup de personnes, formaliser le départ de leur compagnon, accomplir un rituel, permet de rendre compte de l’amour qu’elles lui portaient. Il n’y a qu’à lire le Livre d’or posé sur la table basse du salon d’attente. C’est bouleversant : tout cet amour, cette souffrance face au manque et à la crainte d’un avenir où il faudra vivre sans sa présence… Ces textes montrent qu’un bout du cœur de tous ces gens est resté là, dans ce crématorium, et qu’il devront continuer leur chemin avec cette absence.

Tous les animaux de compagnie  peuvent être pris en charge par un crématorium. Bien sûr, on songe  aux chiens et aux chats. Mais en fait tous les animaux dépositaires de l’affection d’un être humain peuvent être amenés. Jusqu’à un escargot. Quelle histoire y avait-il derrière ce petit escargot ? Quelle tendresse ? Nous n’en connaîtrons pas le secret, emporté dans les flammes mais toujours vivant dans le cœur de l’être humain qui  avait conduit cette bête au centre pour y être dignement traitée.

 

Escargot

 

Le désarroi provoqué par la mort de l’animal aimé peut être aussi intense que celui provoqué par la perte d’un être humain. La séparation est aussi douloureuse, aussi difficile, et beaucoup de gens ont du mal à laisser aller le corps de leur compagnon à quatre pattes. En fait, on retrouve là toutes les phases du deuil. Personne ne peut savoir ce qui se passe dans le salon du recueillement. Des rituels religieux sont-ils pratiqués ? Prières ? Gestes cultuels ? Par contre beaucoup demandent à ce que soient placés dans le cercueil lettres, photos, fleurs, jouets, doudous, tous ces petits objets de l’intime quotidien.

 

Nul doute qu’un crématorium animalier est un endroit d’où l’on peut observer la réalité et l’intensité du lien qui unit l’homme et l’animal, dans ses excès comme dans sa noblesse.

 

 

 

 

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