Faut-il nourrir les oiseaux

Dès que les températures commencent à descendre, quand nous nous calfeutrons dans nos maisons bien chaudes, nous pensons inévitablement à tous ceux, hommes et bêtes, qui n’en ont pas la possibilité. Pour les humains, pas assez de choses sont faites. Heureusement que des organisations  et de bonnes âmes font de leur mieux, en attendant qu’une volonté politique sincère ne s’en mêle. Mais nous, aujourd’hui, nous allons parler de ces créatures qui enchantent nos printemps et nous charment par leur légèreté et leur vivacité. C’est qu’ils deviennent bien petits et bien fragiles, nos oiseaux du ciel, lorsque la bise est venue.

 

“Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n’ayant plus l’asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

 

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur œil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu’au jour la nuit qui ne vient pas.”

 

Je défie quiconque, biberonné à Guy de Maupassant ou pas, de rester sereinement au chaud quand il sait que dans l’ombre glacée frissonne une myriade de créatures affamées. Alors oui, pour l’amour de la littérature, il faut nourrir les oiseaux en hiver.

Voyons  pour l’amour de quoi d’autre il est nécessaire de le faire.

 

Un rouge-gorge sur un poteau givré en hiver

 

Pourquoi pourrions-nous hésiter ?

 

Dans la nature, les oiseaux doivent se débrouiller sans intervention humaine. Les pertes sont sans doute très importantes. Cela n’empêche pas les oiseaux d’être là au printemps. C’est assurément vrai, cela l’était déjà à l’époque de Maupassant. Mais depuis, l’industrialisation de l’agriculture a dépeuplé les campagnes de toute cette vie foisonnante qui ne comptait pas ses individus. Un tiers des oiseaux a disparu dans les vingt dernières années. Nous sommes débiteurs de toute cette population. “Donner un coup de pouce alimentaire aux oiseaux est une compensation des destructions que nous leur infligeons, en premier lieu la disparition de leur habitat,” écrit le naturaliste Marc Giraut dans la brochure éditée par l’Aspas, “Observer et aider les oiseaux en hiver”. Nourrir les oiseaux est donc important pour préserver la biodiversité.

Cependant, l’intervention humaine n’est pas sans conséquences : une hypothèse fréquemment exprimée pour le changement de routes migratoires pour certaines fauvettes à tête noire d’Europe Centrale est l’essor du nourrissage hivernal en Grande-Bretagne. et ce n’est sans doute pas le seul exemple. Créons-nous un nouveau déséquilibre ? Les espèces les plus hardies comme les mésanges profitent abondamment des mangeoires. Qu’en est-il d’espèces moins hardies, qui ne s’imposent pas avec autant d’énergie aux lieux de nourrissage ? Cette habitude qui profite à certaines espèces, n’entraîne-t-elle pas le déclin d’autres, moins visibles ? Il est difficile de le savoir. Nous manquons d’études et de recul sur le sujet.

La LPO qui encourage volontiers le nourrissage hivernal rappelle cependant dans un article du 28 octobre 2008 que le nourrissage artificiel n’est jamais une nécessité vitale pour la faune sauvage.

Tenons-le-nous pour dit et acceptons très simplement notre anthropomorphisme qui ne nous permettrait pas de dormir au chaud le ventre plein quand les copains frissonnent sur les arbres dénudés , le ventre vide, alors qu’il gèle à pierre fendre.

Et puis, c’est si joli à regarder, le ballet des oiseaux à la mangeoire !

 

Deux oiseaux à la mangeoire sous la neige

 

Le nourrissage hivernal

 

On peut commencer à nourrir dès les premières gelées. En général, c’est le prélude à des températures en baisse. Mais ce n’est pas toujours le cas.

Cette année, après une nuit à -4°, les températures nocturnes et diurnes ont été très douces. J’ai commencé à nourrir aujourd’hui, jour de Noël, parce que c’est un jour “feel good” et que ça paraissait une bonne idée. Il n’y a pas eu grand monde aux mangeoires. Il y a encore pleins d’insectes et mon jardin est empli de vivaces portant encore des graines.

– Une fois que l’on a commencé, il ne faut surtout pas arrêter de toute la mauvaise saison. Ce serait un sale coup à faire aux oiseaux qui vous font confiance et ne sauraient où trouver la nourriture qui est nécessaire à leur survie. Bref ! Vous les tueriez à coup sûr.

– Il faut arrêter progressivement au début du printemps, en fonction des températures.

– Il est bon de proposer différents types de mangeoires. Chaque espèce choisira celle qui lui convient. Vous pouvez trouver une grande variété de mangeoires ainsi que le nom des oiseaux auxquels elle sont destinées à la boutique de la LPO. 

– Il faut faire attention à ce que la mangeoire pour oiseaux ne devienne pas une mangeoire pour chat. Il faut la placer hors de portée des prédateurs. S’il s’agit d’une mangeoire plateau posée au sol, placez-la bien à découvert, sans buissons autour.

– Si vous proposez des boules de graisse du commerce, enlevez les petits filets verts qui les entourent : ils sont source de graves blessures, les petits becs ou les pattes se prenant dedans.

Multipliez les mangeoires pour éviter les conflits.

– Surtout n’oubliez pas l’eau nécessaire à la boisson et au bain.

 

Mangeoire sous la neige

 

 

Que donner à manger

 

La nourriture offerte doit être riche en hydrates de carbone et en graisses pour mieux lutter contre le froid. Vous pouvez donc proposer :

  • – des mélanges de graines : le mélange optimal étant composé d’1/3 de tournesol noir, de cacahuètes et de maïs concassé ;
  • – des pains de graisse végétale simple ;
  • – des pains de graisse végétale mélangée avec des graines, fruits rouges ou insectes ;
  • – des graines de tournesol (non grillées et non salées), si possible non striées, les graines noires sont meilleures et plus riches en lipides (et bio en plus, c’est mieux) ;
  • – des cacahuètes (non grillées et non salées) ;
  • – des amandes, des noix, des noisettes et du maïs concassés (non grillées et non salées) ;
  • – de petites graines de millet ou d’avoine ;
  • – des fruits décomposés (pomme, poire flétrie, raisin).

Ne proposez jamais de lait, de nourriture salée ou d’aliment qui puisse gonfler excessivement dans l’estomac.

 

Si vous avez un jardin, vous pouvez laisser vos plantes monter à graines pour la mauvaise saison et conserver pissenlits ombellifères, chardons et graminées. Laissez les feuilles mortes au pied des arbres : merles et grives y trouveront leur pitance. Oubliez des fruits sur les branches et au sol, vous ferez des heureux. Si vous devez planter des haies, pensez à toutes les essences, comme le néflier, le sureau, le sorbier, l’aubépine, l’églantine… qui offrent des baies au long de l’hiver.

 

Mangeoire en bouleau

 

Et le reste de l’année

 

On a peu l’habitude de nourrir en dehors des périodes hivernales en France. Certains le font, mais c’est à pratiquer avec précaution tant il faut connaître les espèces, les moments de leur cycle de vie, la nourriture correspondante… C’est plutôt affaire de spécialiste.

 

Traces d'oiseau dans la neige

 

Voilà. Il fait froid, la bise est venue, il n’y a plus rien à becqueter ou presque. Heureusement, mon ami humain a pensé à me laisser de quoi me remplir le bec pour affronter les gelées. Merci, l’humain !

 

 

La chatte Ficelle, pensive, son petit bout de langue sur le nez.
“Alors moi, je suis pour le nourrissage des oiseaux en hiver. A condition que les mangeoires soient judicieusement placées… Ce que Françoise ne sait pas faire…
Spread the love
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

4 thoughts on “Faut-il nourrir les oiseaux

  1. Merci beaucoup pour ce bel article. C’est en effet un pur bonheur, en hiver, installée dans mon canapé une tasse de thé chaud au creux des mains, de les regarder voleter et se poser pour picorer.
    Il y a les audacieux, les timides, les petits rigolos, les autoritaires, les débrouillards, tout un petit monde duveteux qui vient réclamer avec insistance, quand il n’y a plus de boule, en manifestant.
    Pour d’autres races, les grosses copines qui vivent dans le jardin sont très partageuses avec les graines ♥

    1. C’est vrai que c’est tout un petit monde qui se presse aux mangeoires ! Spectacle hypnotisant et rassérénant.
      J’ai installé récemment un nouveau type de mangeoire, une mangeoire plateau posée sur le sol, protégée des prédateurs ou de nos amies les poules par une cage. J’ai le plaisir d’y voir venir le rouge-gorge.

  2. Merci pour cet article, j’ai très envie de nourrir nos petits amis ailés mais j’ai peur que cela ne les mettent encore plus en danger à cause de mon chat. Y aurait-il une solution pour les nourrir en toute sécurité ?

    1. Le chat est le problème n°1 du nourrissage des oiseaux.
      Tout dépend de la configuration des lieux. Chez moi, les mangeoires silos sont accrochées très en hauteur, hors de portée du chat. La mangeoire du type de celles montrées en photo dans l’article est posée sur un poteau que le chat ne peut pas escalader. La mangeoire plateau posée au sol est protégée par une sorte de cage posée dessus, qui met à l’abri du chat l’oiseau qui se nourrit.
      Sur un balcon, c’est une mangeoire sur poteau qui est la plus pratique à installer, en faisant attention à ce qu’il n’y ait pas de point d’appui à proximité pour que le chat saute.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.